lundi 21 septembre 2009

La mémoire de Jack est toujours présente

Hearst, Ontario Canada / Journaliste: André Bolduc
Vol. 34 No.26 Hearst On - Le mercredi 9 septembre 2009

Un camion à la mémoire de leur fils

En mars dernier, le téléphone résonne aux petites heures de la nuit chez Élaine et Reynald Bouthillier. À l’autre bout du fil, l’interlocuteur a la délicate tâche de leur annoncer que leur fils Jack vient de perdre la vie en Afghanistan dans une opération militaire visant à neutraliser les talibans. Le choc est difficile à encaisser. La nouvelle est déchirante et même le coloré Don Cherry a la gorge nouée par l’émotion pendant son segment de « Coach’s Corner ». Quelques jours plus tard, plus de 3 000 personnes se massent le long de la route à Hearst pour accueillir le corps du jeune soldat. La vie allait reprendre son cours, mais près de six mois plus tard, la mémoire de « Bouts » est plus présente que jamais.
Ceux et celles qui ont circulé le long de la rue Front la semaine dernière ont certainement remarqué un camion poids lourd, celui du paternel, orné de photos du jeune homme dont le décès a non seulement ébranlé sa famille, mais une communauté entière. À l’avant, une immense photo de Jack Bouthillier, arme en main, décore le capot. À l’arrière, on retrouve tous les noms gravés des soldats canadiens qui ont perdu la vie depuis le début de cette mission en Afghanistan. Et sur les côtés, on retrouve trois photos du soldat Bouthillier qui ont été magnifiquement reproduites par une compagnie de la Rive-sud de Montréal.
« C’est notre façon non seulement d’immortaliser la mémoire de Jack, mais aussi de rendre hommage à tous les soldats canadiens », explique candidement Reynald Bouthillier.
Il avoue toutefois que le projet a pris beaucoup d’ampleur depuis cette fameuse première discussion tenue avec Marie-Ève Sigouin des Ateliers du Nord-Est. Cette dernière a établi des contacts avec la compagnie Créations Jules, a monté le projet, et deux mois plus tard, grâce à la magie de l’informatique et de la technologie digitale, le poids lourd quittait l’entreprise montréalaise pour sillonner les routes du pays, transportant avec lui son message d’appui.
« Lorsque Jack m’a annoncé qu’il voulait joindre l’armée, j’ai tout fait pour le décourager », explique Reynald Bouthillier. « Mais à un moment donné, nous avons vu qu’il était vraiment sérieux et que c’était vraiment ce qu’il voulait faire et qu’il ne changerait pas d’idée. À partir de cet instant, nous nous sommes rangés derrière sa décision. Il était heureux de faire partie de l’Armée canadienne et il était tellement content de pouvoir se rendre en Afghanistan. Aujourd’hui, même s’il a perdu la vie en mission de guerre, nous sommes tellement fiers de ce qu’il a accompli. À 20 ans, il a probablement réalisé plus de choses que bien des gens de 70 ans. »
Cette fierté, on la sent dès que l’on prend le temps de jaser avec le couple. Si tantôt des trémolos se glissent, les yeux s’illuminent rapidement.
Il n’hésite d’ailleurs pas à sensibiliser les gens qu’ils rencontrent à l’importance de la mission canadienne en Afghanistan. « Les gens qui demeurent là non pas demandé à vivre dans de telles conditions. Nos soldats sont là pour les aider et ils ont accompli beaucoup de choses pour eux. Mais il reste encore beaucoup de choses à faire et la lutte face aux talibans n’est pas facile. Si à Hearst, notre situation de vie était contrôlée par un groupe non-désirable, on serait bien content de pouvoir compter sur de l’aide. C’est la même chose pour les Afghans. »
Le couple ne rate pas une occasion de souligner son appui aux Forces armées. Encore la semaine dernière, Reynald était l’un des premiers sur les lieux à l’occasion des « Vendredis rouges » organisés à la Légion royale canadienne, événement à lequel plus d’une trentaine de personnes ont pris part. Quelques minutes plus tard, Élaine est venue le rejoindre. Aujourd’hui, le camion de R. Bouthillier Trucking participera à une parade à Pettawawa pour souligner le départ des soldats de l’endroit vers une autre mission en Afghanistan. Le propriétaire ne sera pas au volant. Il laisse ce plaisir à un de ses conducteurs. Lui, il préfère demeurer dans la foule, à admirer le spectacle. Et il s’emballe lorsqu’il voit les gens apporter leur appui aux troupes. Le couple a d’ailleurs expédié une lettre de remerciement à Don Cherry il y a quelques semaines. « Je ne suis pas toujours d’accord avec les propos qu’il tient en ondes, mais par contre il est toujours là pour défendre nos soldats. »
La semaine dernière, des centaines de personnes se sont arrêtés pour admirer le camion. Son propriétaire n’était pas loin, heureux de pouvoir engager la conversation et fier de voir ces gens venir « saluer » son fils Jack et tous les autres qui ont fait l’ultime sacrifice pour la paix dans le monde.